Bon bon bon. Des mois et des mois que je n'ai rien écrit, trop occupé à... travailler. Mon fichier "trucs à regarder" contient 191 clips en attente. Même si j'ai surtout tourné toute la journée sur des live de Gojira et des clips de Damso. Et creuser un joli sillon algorythmique youtube autour de gros rock garage qui dépote bien (The Orwells, Bass Drum of Death, Jay Reatard), de hardcore ou de punk (Modern Life is War, Cloud Nothings, Have Heart, Verse...). 

Le monde du clip change (un peu comme "ton corps change" dirait le Doc #1990). On vit peut-être un âge d'or, avec des Despacito qui caracolle à 5,4 milliards de views, tandis que notre petit Childish Gambino, sur un clip magnifique, fait 360 millions en trois mois. Il y a encore de la création artistique comme dans le dernier clip de comeback des Smashing Pumpkins, Solara, dont je parlerais bientôt, parce qu'il a un joli contenu symbolique. Mais dans l'ensemble, je me demande si les autres plateformes et réseaux sociaux, Instagram et ses stories, etc... ne vont pas remplacer la forme du clip. La tendance lourde, dans ce que je constate, c'est l'invasion des enregistrements live sur Youtube. On retrouve des petites perles de RATM ou de Prodigy en 1996, quand ils étaient encore quatre... Un peu comme dans la vraie vie : le CD ne vend plus rien, le digital c'est moyen, ce qu'on veut, c'est de l'expérience live, de la bière et des acouphènes. Mais mais mais... du coup, le clip se ringardise un peu. Perce à travers l'esthétique chirurgicale de la pop internationale un semblant de lassitude, à voir toujours les mêmes cadrages, les mêmes plans, les mêmes choses. Sans même parler du fait que Netflix et les séries à la maison ont tendance, de leur côté, à allonger les narrations plutôt qu'à les raccourcir (comme ma b***...). Désolé. 

N'est-ce donc pas l'occasion rêvée pour plonger dans une bonne vieille carrière du clip, celle d'un mec qui est derrière la caméra depuis 30 ans ? Et ouais, ma gueule. Car le premier clip de Joseph Kahn remonte à 1990, il y a 28 ans. Et si je te dis : Korn, Faith No More, Brandy & Monica, Eminem, Moby, DMX, Britney Spears, Taylor Swift, et que je te dis que c'est la même personne qui a fait beaucoup de leur clip ? Cette persone, c'est Joseph Kahn. Il est né à Busan, en Corée (même si je ne sais pas s'il y est retourné, LOL) et il a crée sa propre boîte de production, qui lui a permis de réaliser beaucoup de clips, et d'imprimer sa patte. Du coup, j'ai tout regardé. Et je me suis rendu compte que Joseph Kahn avait une signature : le grand n'importe quoi. Le mec s'en tape. En gros, ce qu'il aime, c'est tester des trucs, mais il est pas chiant, il fait tout : des effets spéciaux pourris, du CGI (Computer-Generated Imagery), des zooms et des travelings honteux, des effets bandes dessinées... Bref : je me dis qu'à l'époque, dans les années 1990 surtout, une star pouvait se dire un truc du genre : "eh, tu as vu le super effet spécial qu'il y a dans Spawn ? Nickel, je veux ça ! - Appelle Joseph Kahn". Allez, je fais une petite liste : 

- J'adore le "noir et blanc" : Die Krupps ft. Biohazard - Bloodsuckers (1994).

Tales from the hart sides

- J'utilise des effets "Fish Eye" : Patricia Kaas - Quand j'ai peur de tout (1997).

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- Belle incrustation de personnage sur fond vert dégueu : Public Enemy - So Whatcha Gone Do Now (1995).

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- Effet de vieillissement digital sur la pellicule : partout.

- Effet de tremblement de caméra : Destiny's Child - Jumpin' Jumpin' (2000) (insuppotable, on dirait du David Fincher raté).

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- Usage abusif de zoom digital : We are All Made of Stars de Moby (2002) ou Toxic de Britney Spears (2004) ( (on dirait du David Fincher raté).

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Joseph Kahn, c'est le mec que tu invites à ta soirée pour être DJ, et qui te foue Niagara, Major Lazer et Slayer, du stroboscope et des loupiotes de couleur. Ceci dit, il y a quand même quelque chose dans cette écléctique carrière : l'envie de faire de jolis pastiches du cinéma classique. Il a trop fait de clips pour que je puisse tout citer, mais quand même : 

- Film noir ou polar pour le fameux A.D.I.D.A.S de Korn (1997). La première minute est tout de même restée, à l'époque, comme ce qui se faisait de bien en terme de clip "un peu chiadé". 

- Film d'horreur à l'ancienne, type Nosferatu pour Living Dead Girl, de Rob Zombie, lui-même passé à la réalisation de film d'horreur par la suite.

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- Film de gangster un peu classe pour Tha Doggfather de Snoop Dogg (1997).

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- Et puis film d'horreur tout court pour l'inoubliable clip des Backstreet Boys - Everybody (1997) ! Loup-garou tout cheap, momies, vampires... tout ça pour un mec qui faisait, à peu près au même moment, des clips de rap "conscient" pour DMX et Public Enemy. 

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Pas grand chose à dire de plus. Tout ça a mal vieilli, même si à force, Joseph Kahn est capable de tout digérer et de produire un clip plein d'effets spéciaux comme celui de Taylor Swift (2017), qui en bouche un coin (et n'est pas sans rappeler celui des Backstreet Boys, 20 ans auparavant). C'est ça qu'il y a de bien dans l'industrie du clip. Un type qui pèse plusieurs milliards de views et qui a donné au monde l'équivalent nullissime de Thriller dans les années 1990 peut être complètement ignoré, alors même qu'à l'autre bout de son talent, il y a Without Me de Eminem (2002), qui pour le coup, est une masterpiece...