Avant de partir en Inde la semaine prochaine - d'où je pourrais revenir avec un "World of the clip : India !", parlons un peu de cette magnifique région du monde qu'on appelle les Caraïbes : mer transparente, cocotier, armes à feu et clips incroyables. 

En posant le pied à Tegucigalpa le jour de Noël 2004, je fus surpris par l'omniprésence de trois choses : les barbelés, les armes à feu et, bien sûr, le Reggaeton. Cette merveilleuse musique connaissait alors son heure de gloire, avec le magnifique succès du mélomane Daddy Yankee. En effet, et ce n'est pas le genre de truc qu'on peut prévoir avant un voyage, son tube "La Gasolina" venait de sortir, le 1er novembre 2004.

On devrait d'ailleurs pouvoir faire quelque chose contre ce genre d'accidents : imaginez le tableau. 

"- Bonjour, je voudrais un billet pour New-York s'il vous plaît. 

- Vous voulez une assurance annulation pour votre billet ? 

- Non, je veux une assurance pour être sûr que Miley Cyrus ne sortira pas de single pendant mon séjour."

Toujours est-il que les paroles si intéressantes de Daddy Yankee m'enchantèrent les oreilles ("J'aime l'essence, donne-moi plus d'essence"). Je découvrais que le Reggaeton était le meilleur moyen de devenir papa en étant mineur, ce qui était d'ailleurs aussi l'objectif de la "Punta", un autre style de musique qui se danse très collé-serré. L'influence du single de Daddy Yankee sur les grossesses a été prouvée statistiquement. Ce charmant poète nous a d'ailleurs gratifié, par la suite, d'autres tubes, comme Rompe. Il est assez intéressant de constater que 2004 ne représente pas la naissance du Reggaeton, loin s'en faut, mais la date de son internationalisation, ce qui vaut aussi pour les clips : dans Rompe, les danseurs dansent du Krump, ce qui est pas tout à fait la danse traditionnelle du Bélize, si vous voyez ce que je veux dire. Dés le départ du carton de Daddy Yankee, les producteurs américains ont dû massivement investir dans le phénomène, et l'identité visuelle s'en ressent : elle est, grosso-modo, celle du rap américain : des filles à poil, des grosses voitures, des villas et des armes, sauf que c'est en espagnol, et qu'on ne dit pas "Biatch", mais "Papi" ou "Mami", pour s'interpeller entre amoureux, et éventuellement se proposer une violente pénétration an*le. D'ailleurs, dans un retour de bâton culturel, même Fergie, des Black Eyed Peas, a fini par utiliser ce petit gimmik sans parler de Shakira (dans Rabiosa par exemple) ou Jennifer Lopez. A mon avis, le fait qu'un des leader du Reggaeton mondial, qui a sorti le tube le plus putassier du monde ait choisi de s'appeler Papi Chulo n'est pas pour rien dans le succès de cette appellation.

Si vous aimez le Reggaeton et plus largement les types qui ont émergé du marché latino pour conquérir Youtube, vous pouvez bien sûr vous intéressez à tous les autres super artistes du genre : Wysel i Yandel, Don Omar et bien sûr, l'inénarrable "Latino de service", Pitbull, qui a fait des featuring avec tout le monde, mais dont je crois pouvoir dire que le dernier avec Kes$a est une des choses les plus ratées que j'ai vu au monde

Si on veut donc l'analyser en terme purement économique, le Reggaeton et son "esthétique" ont donc été le produit d'appel du monde latino dans sa conquête partielle de la musique WASP. Il faudrait savoir si c'est une conséquence heureuse de l'ALENA, ce qui serait un argument totalement favorable à l'entrée dans le "Grand Marché Transatlantique" : imaginer Sardou faire des tournées aux USA, ça a quelque chose de jouissif.